Trois ans, vingt-quatre heures, une catastrophe et un au-revoir
Dernière mise à jour : il y a 2 jours
Trois ans.
Trois ans que nous sommes arrivés au Népal, et voici que l’heure du retour en Europe a sonné.

Un an.
Un an exactement que le pays a basculé dans une autre ère par la révolution « Gen Z ».

Trois semaines.
Trois semaines que le pays a subi le cataclysme du tsunami himalayen dans la vallée de Trishuli.

Vingt-quatre heures.
Vingt-quatre heures exactement que notre avion de retour définitif avait décollé quand cette catastrophe s’est produite.

Le calendrier dicte ses impératifs et le destin a décidé d’y ajouter une note tragique.
Trois ans passés au Népal à explorer beaucoup de ses régions (mais pas toutes !), ses plaines tropicales, ses « collines » (même à 3000m, nous avons appris à ne les nommer montagnes que lorsqu’elles portent des neiges éternelles), ses vallées luxuriantes, et bien sur ses sommets himalayens.
A en découvrir les richesses culturelles que nous ne soupçonnions pas en arrivant, faites de ses innombrables ethnies, de leurs déités à l’arbre généalogique plus touffus que les jungles du Terai, de ses artistes dénichés parfois dans les plus improbables recoins, des richesses architecturales Newar de Kathmandu aux monastères tibétains du Haut Mustang, et bien sûr de ses festivals religieux si nombreux qu’il faut plusieurs calendriers se superposant pour leur laisser chacun une place.
Trois ans, faut-il le dire encore, à côtoyer cette population népalaise dont tous les guides célèbrent la gentillesse, mais dont la réputation n’est effectivement pas galvaudée. Nous deux qui avons vécu dans plus d’une dizaine de pays pouvons en témoigner, nous nous sommes sentis accueillis au Népal comme nul par ailleurs, et en repartons forts d’amitiés qui sans aucun doute, survivront à l’éloignement.


Trois ans aussi, avouons-le, à quotidiennement se laisser surprendre et, parfois s’énerver un peu. Le policier qui siffle à s’époumoner au milieu du carrefour chaotique en contredisant le feu rouge flambant neuf au-dessus de sa tête, le chien nonchalant endormi juste sur le seuil du magasin, imitant en cela la vendeuse qu’il faut parfois tirer de sa sieste, les camions poubelles (ou ce qui en fait office) qui déchargent leur cargaison dans la rivière à l’abris des regards sous un pont, les étincelles d’une ligne électrique qui mettent le feu au magasin voisin par manque d’entretien…bref, les petites contrariétés quotidiennes d’un pays encore une pleine mutation entre un ancestral toujours bien présent et une modernité plus subie que voulue.
Mais trois ans à voir le pays changer. La ville de Kathmandu se moderniser, adoptant ses premiers feux rouges justement, et même de curieux passages à niveaux pour empêcher les piétons de traverser n’importe comment, macadamant ses dernières rues de terre maintenant quasi disparues, construisant des immeubles modernes dans le centre là où les bâtiments de plus de 5 étages étaient rarissimes à notre arrivée, multipliant les petits cafés et restaurants « branchés » un peu partout. Des hôtels haut de gamme également qui ouvrent même dans les provinces pour essayer d’attirer un tourisme plus aisé. L’électricité, tout simplement, qui arrive maintenant presque partout et n’est plus que rarement coupée. Les exemples abondent.
Mais trois ans aussi à constater que, malgré cette modernité émergente, l’emprise du passé subsiste et le coût de cette transition s’accentue. Envers les femmes notamment, qui restent, dans toutes les strates de la population, les chevilles ouvrières essentielles mais rarement valorisées (pour dire le moins) du fonctionnement quotidien. Le poids des traditions liées aux castes notamment, qui ne disparait pas et concentre toujours le pouvoir et la richesse dans une très petite minorité. La migration rurale qui vide les collines et surpeuple les grandes agglomérations de plus en plus invivables (Kathmandu n’étant que l’une d’entre elles), la pollution, complètement incontrôlée, qui a continué de s’aggraver pendant tout notre séjour. Et bien sûr l’exode des jeunes vers l’étranger, qui ne fait que s’accélérer et dont nous avons été les témoins attristés, tant il impacte la structure sociale et économique du pays.
Un an exactement d’ailleurs, que ceux-ci, les maintenant mondialement connus « Gen Z », se sont révoltés, menant finalement à un changement de régime dont les nouveaux représentants ont été élus avec une majorité que l’on n’attendait pas et dont l’avenir dira s’ils réussissent à assouvir les espoirs de changement que le peuple a mis en eux. Nous avons célébré avec une joie soulagée l’organisation impeccable d’élections pacifiques lors d’une journée mémorable où toute la ville était privée de voitures.





Puis l’arrivée de l’énigmatique nouveau premier ministre Balendra Sha, ex-rappeur perpétuellement caché derrière ses lunettes noires.

Nous avons constaté les premières volontés de réforme et la lutte annoncée contre la corruption, mal endémique du Népal. Nous avons applaudi des nominations d’administrateurs, jeunes, capables et respectés en lieu et place d’anciens amis du régime. Mais nous avons aussi vu de près un début de chasse aux sorcières contre l’élite économique, menaçant la confiance des investisseurs. Nous avons également suivi avec les GenZ les débuts d’enquête sur les évènements de 8 et 9 Septembre 2025 qui ont fait 74 morts par balles, et avons compris qu’ils s’arrêteraient au milieu du gué (les violences policières du 8 sont bien expliquées, mais le chaos général, les victimes et les destructions du 9 ne le sont pas), probablement car impliquant trop d’acteurs (ont sait que du matériel incendiaire a été distribué, ainsi que des listes de cibles…mais pas par qui ?!).
Un an donc, que nous avons vu le Népal tenter de se réinventer, de se moderniser cette fois-ci au bénéfice de tous, un an de progrès certains même si hésitants et très fragiles. Un an que, avec une grande partie de la population, nous voulons croire à une ultime chance pour ce pays qui a connu 20 premiers ministres en 20 ans (pour maintenir les statistiques, pendant son mandat de 3 ans, Véronique en a connu 4).
Mais ces trois dernières semaines ont peut-être infligé au Népal son plus rude coup depuis des décennies, et présenté à ce tout jeune gouvernement un obstacle supplémentaire qu’il ne méritait pas.
Trois semaines que l’Himalaya a rappelé au monde combien instable elle est. Combien de violence ces paysages grandioses que j’ai parcourus en trek peuvent masquer. Combien ce pays, dont nous savions dès notre arrivée qu’il était jugé comme l’un des plus exposés au réchauffement climatique, peut conjuguer une grande fragilité géologique à la catastrophique fonte des glaciers et du permafrost .
Trois semaines que ces masses de flots et de roches gigantesques se sont précipitées dans cette vallée étroite à plus de 140km/h en écrasant et engloutissant tout sur leur passage. Trois semaines auparavant, nous étions, insouciants, sur les berges de cette même rivière, célébrant la fin de notre séjour avec des amis népalais.

Des ponts que nous avons traversés, de la route nous y ayant mené, il ne reste rien.

Du village où j’avais commencé mon premier trek vers le Langtang, il ne reste que 10m de boue engloutissant ses maisons dont rien ne dépasse.
Trois semaines que les secours népalais qui accomplissent dans des conditions dantesques un travail remarquable, cherchent sans relâche des survivants et essayent d’accéder aux victimes des villages coupés du monde. Trois semaines d’une tragédie que nous avons vécue à distance, rivés à nos écrans.

Car vingt-quatre heures nous ont séparées de l’apocalypse qui se déclenchait dans le pays qui nous a accueilli pendant trois ans. Vingt-quatre heures avant, nous prenions l'avion du retour. Vingt-quatre heures qui ne signifient rien car, à Kathmandu, nous ne nous serions heureusement pas trouvés sur le chemin de la vague, et n’aurions de toutes façons eu aucun impact sur la suite des évènements sur place, mais vingt-quatre heures qui pèseront dans nos souvenirs du Népal. Kharma, destin, chance ou coïncidence, chacun utilisera le vocable qu’il jugera le plus amène de décrire cette étrange façon de terminer notre séjour népalais, mais ces vingt-quatre heures resteront dans nos mémoires.
Alors, il est temps de dire au revoir au Népal. Nous avons maintenant quitté ce pays auquel nous nous étions attachés et avec lequel nous avions développé une relation que j’ai tenté de décrire dans ce blog.
La vintgaine d’épisodes précédents sont disponibles sur la page d’accueil :

Nous aurions certes aimé le quitter dans des circonstances plus paisibles, mais y retournerons, comme nous l’avions déjà décidé avant même ces innodations, pour poursuivre la découverte de ce pays fascinant et de son peuple, et essayerons de continuer à très modestement contribuer à son développement.
La plus simple des façons est de faire connaitre le Népal et ses habitants en venant le visiter (et en lisant ce blog !).
Plusieurs de nos amis résidents depuis (presque) toujours sur place aident aux secours et à la reconstruction et sauront gérer efficacement les dons via leur association :
नमस्ते




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