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Vishnu, Ganesh, Shiva, Budha… et moi et moi…

  • fredvassort2000
  • 6 août 2024
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 8 août 2024

Il se roule généreusement dans la cendre de bouse de vache, quasiment nu. Ses cheveux en dreadlocks trainent par terre. L’odeur de la bouse qui se consume dans le périmètre du petit temple où évolue ce Sadhu se mêle à celle du bûcher de crémation voisin au bord de la rivière (dont on taira la couleur et les effluves), où finit de se consumer un corps .

Notre saint homme rend ainsi hommage à Shiva, à qui est dédié le temple de Pashupathi dans lequel il évolue. Il s’agit d’un des lieux les plus saints de l’hindouisme, où convergent en permanence des pèlerins venus de tout le sous-continent indien.

A l’extérieur, à la limite de l’ancienne ville de Kathmandu, règne la cohue habituelle des familles se rendant aux Ghats, ou lieux de crémation. Certains privilégiés se font amener ici dans leurs derniers jours, pour pouvoir pousser leur dernier soupir dans l’enceinte du temple elle-même. Tiens, voici d’ailleurs une civière portée par des hommes enjambant presque un bûcher en cours de combustion, sur laquelle se trouve un mourant, péniblement maintenu en vie par une bouteille d’oxygène: il va avoir l’honneur de passer ses dernières heures (probablement pas beaucoup plus) dans l’ancien bâtiment assez décrépi surplombant la rivière où ses cendres seront bientôt pieusement déversées.


Pendant qu’un prêtre (au Népal, il s’agit bien de prêtre, Brahmin – la plus haute caste- ,alors qu’en Inde, ce sont au contraire des intouchables qui se chargent de ces tâches), prépare le prochain corps en l’embaumant d’huile sainte (mais surtout combustible…) et de fagots de branchages, une famille assiste à la fin de combustion de leur proche. Mis à part les pleureuses dont les cris sont un peu trop perçants pour ne pas être simulés, l’ambiance n’est pas emprunte de tristesse. Des badauds contemplent ces cérémonies depuis le pont tout proche qui enjambe la rivière, des gamins vendent des souvenirs, certains font même des selfies. Le karma de chacun définit son début, son milieu et sa fin, et même sa ré-incarnation. La mort et les rites qui l’entourent ne sont donc que cela: un passage rituel.

Le temple par contre, comme de très nombreux endroits de la vallée, est emprunt d’une profonde spiritualité qui transpire de ses pierres millénaires.

Les nombreuses petites stupas alignées au sommet de la colline boisée qui le domine, témoignent de la très ancienne sacralisation du lieu. Et, surprise, en plein milieu de ce site éminemment hindou, se dresse une statue de Budha !

Nous voici au cœur de la complexité religieuse et spirituelle népalaise. Le pays est un des berceaux de l’hindouisme, mais aussi le lieu de naissance de Boudha lui-même.  Les innombrables minorités ethniques y ont superposé leurs propres croyances ancestrales, leurs déités locales, leur mythologie et innombrables rites.

Ainsi la ville de Kathmandu et même tout le pays reflètent-ils cette incroyable religiosité et ce mille-feuille spirituel à nul autre pareil.

Il n’est point exagéré de dire qu’à Kathmandu, chaque pas est chargé de religiosité. Non seulement chaque maison a-t-elle son petit temple où les habitants font leur « puja » (prière, offrande), mais très souvent un symbole de lingam, ou son équivalent féminin, ancienne trace des cultes tantriques, est ancré sur le seuil de la maison, et paré d’offrandes tous les matins.


Plus loin sur un trottoir, des traces de pigment rouge trahissent la récente cérémonie offerte à la déesse locale qui protège le quartier. On trouvera son effigie souvent usée par des siècles d’ardentes prières au fond d’une niche ou sous la couverture sommaire d’un petit kiosque.



Mais voici que le prochain carrefour où se croisent les flots chaotiques de mobylettes de la ville est à moitié obstrué par un immense arbre ceinturé de fils colorés. Nul ne s’est jamais hasardé à l’enlever : il s’agit d’un arbre de Bodhi, sous lequel Boudha aurait atteint l’éveil. Ils sont nombreux dans la ville, aux endroits les plus insolites, souvent même en plein milieu de la circulation, et continuent de faire l’objet d’offrandes révérentes.

Pour ajouter à la fois au chaos, et à la spiritualité ambiante, qui vont de paire dans cette ville pétrie de paradoxes, les processions et autres festivals se déroulent presque chaque jour pour une raison ou une autre et résultent en quartiers bloqués à la circulation. Nous ne comptons plus les processions "exceptionnelles" ne se produisant qu'une fois tous les douze ans. La vallée possédant entre quelques milliers (selon la police) et quelques millions (de source syndicale divine) de dieux, chacun a sa cérémonie. Ainsi, Rato Matchidranath vient de se terminer : un colossal chariot de bois surmonté d’un immense mat a été tiré à la force des bras par des équipes d’hommes se succédant pendant presque deux mois au milieu d'une foule incroyable, à travers toute la ville, pour arriver à un lieu et jour décidé par de savants astrologues, pour célébrer l’arrivée de la saison des pluies.

Là aussi, de multiples légendes mêlant des serpents Nagas magiques, démons et autres déesses protectrices s’entrecroisent pour donner naissance à ces rites auxquel toute la population participe avec dévotion et enthousiasme. Alors que le Népal est officiellement une république laïque, le Président lui-même est invité à clôturer cette procession comme d’anciens rois l’avaient fait en des temps immémoriaux : ne pas tenter le diable inutilement.



Au  milieu de l’ancienne ville de Kathmandu, se trouve d’ailleurs la maison de la Kumari, que chaque nouveau Président de la République vient dévouement vénérer en début de mandat, comme l’ont fait tous les souverains du Népal depuis toujours. La Kumari est une déesse vivante, réincarnation de Durga, et vénérée par les Newars boudhistes, le clan historiquement dominant de la vallée de Kathmandu.

Une petite fille, habituellement d’environ 5 ans est choisie et soumise à une série d’épreuves terribles (sacrifices d’animaux, danses chamaniques nocturnes…) qu’elle doit surmonter sans exprimer la moindre émotion, et vivra recluse dans ce temple palais en compagnie de prêtres (et de sa famille tout de même, pour laquelle c’est un insigne honneur), jusqu’à ses premières menstruations, jour où sa divinité cessera. Elle apparait brièvement à une fenêtre tous les jours, et est paradée dans un baldaquin une fois par an devant une foule en délire. L’honneur est tel qu’on rapporte qu’une Kumari, certainement particulièrement sainte, aurait réussi à le rester jusqu’à ses 25 ans.  Mais bien sur, tout étant dans tout au Népal, ce rite boudhiste Néwar est également cultivé par le reste de la population hindou.

Quelques rues plus loin, une famille tout endimanchée, femmes revêtues de leur plus beaux saris rouges et parées de tous leurs bijoux, achève le sacrifice d’un buffle, sur le trottoir, pour célébrer un événement important ou s’attirer les bons auspices de leurs dieux protecteurs. Un chasseur de démons déambule à proximité, vendant ses services à qui en aurait besoin, sait-on jamais...

Les rues de la ville, le matin de bonne heure sont aussi l’occasion de découvrir l’intensité de la vie religieuse. Chacun dépose ses offrandes à son temple favori, ou directement devant chez soi, participe à un Puja particulier, pour célébrer les récoltes, la fin de la transplantation du riz (même si les rizières sont devenues bien rares dans Kathmandu !), le départ en voyage d’un proche, une naissance ou tout autre événement que les prêtres auront jugé digne de prières (c’est-à-dire presque tout acte de la vie quotidienne !). Puis chacun reprend ses activités, souvent paré d’une tika (cette marque rouge au milieu du front) qui persistera toute la journée, marquant l’accomplissement d’un acte religieux qui ponctue le quotidien.


Juché à l’arrière d’une moto, un moine tibétain en toge pourpre zigzag dans le trafic. Surement se dirige-t-il vers le quartier de Bauddha, ou l’immense pagode de Swayambunath qui domine la ville. Ce sont les deux plus importants sites boudhistes de la ville. Le quartier de Bauddha, autour de sa grande stupa circulaire a vu s’installer la communauté tibétaine, particulièrement depuis les années 50 et l’annexion du Tibet par la Chine.

La stupa est en permanence ceinturée d’une foule majoritairement tibétaine, dont les femmes parées de leurs magnifiques tabliers circulent doctement trois fois autour en faisant tourner les moulins à prière.

Des pèlerins se prosternent également indéfiniment dans de longues génuflexions sur une planche en bois à leur nom, en pénitence ou en imploration du Buddha ou l’un de ses innombrables Boddhiswata dont le panthéon est aussi impénétrable (et d’ailleurs entrecroisé) que celui de l’Hindouisme.


Plusieurs grands monastères tibétains abritent des écoles pour jeunes moines,qui sont formés à leur culture, pour qu'elle ne s'éteigne pas.


Partout autour de la ville, d’immenses statues de Shiva, Vishnu ou Bouddha rappellent qu’un œil divin, de quelque religion qu’il soit, veille et rassure chacun sur l’accomplissement de son karma.


Ainsi s’ancre la présence spirituelle dans le quotidien de chaque Népalais. Est-ce de la croyance religieuse, l’imprégnation de traditions millénaires, ou simplement de la superstition ? Certainement un peu de tout, mais pratiqué avec une ferveur qui imprègne toute la vie ici, et donne à cette ville une dimension spirituelle appréhensible malgré le chaos urbain qui la caractérise. Au milieu des flots de mobylettes, les moines, sadhus, et autres simples citoyens déambulent dans cette vie intensément moderne, et pourtant densément spirituelle. Shiva, Budha ou Vishnu y retrouvera les siens....





 
 
 

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