Au pays du bonheur: le Bhutan
- fredvassort2000
- 17 nov. 2025
- 8 min de lecture
Dernière mise à jour : 20 nov. 2025
Le bonheur, c’est simple comme un atterrissage, à condition d’y survivre.
Et celui-ci vaut le coup : Paro, Bhutan, un des aéroports les plus risqués du monde. Seul les atterrissages à vue sont autorisés et les pilotes doivent posséder une certification spéciale, seuls une cinquantaine l'ont (dont le nôtre, espérons !).
Et effectivement, l’avion slalome littéralement entre les montagnes, découvrant la piste lors du dernier virage ! Impressionnant, et concluant avec panache un vol magnifique depuis Kathmandu (un des autres aéroports les plus dangereux du monde…mais Budha, qui est du coin, veille) où l’on a enfin pu découvrir toute la chaîne de l’Everest immaculée. Magnifique.

Belle introduction donc au pays du bonheur.
Car, tous ceux qui ont déjà entendu le nom de ce petit royaume situé à l’extrème Nord-Est de l’Inde le savent : au Bhutan, le roi veille au bonheur de ses sujets, en ayant notamment édicté il y a une quinzaine d’années qu’on ne mesurerait pas le PIB (Produit Intérieur Brut), mais le BNB (Bonheur National Brut).
Sujets heureux donc. Le sont-ils de leur plein gré ou sur injonction bienveillante de leur souverain ? … sera toute la question qui nous occupera l’esprit pendant ce court voyage.
Un indice cependant : lors du trajet de l’aéroport à Thimpu la capitale, une ambulance est arrêtée au bord du précipice dans lequel est tombée une voiture (au Népal, ce ne serait qu’une banale fatalité quotidienne). Notre guide, après s’être ému comme nous de l’accident, se corrige très vite et nous dit qu’il s’agit surement d’un exercice des services de secours Bhoutanais.
Le bonheur à tous les coins de rue, même au fond des ravins, vous dit-on.
Le guide, comme tous les fonctionnaires, officiels ou écoliers du pays, habillé comme il se doit du « gho », le costume national, nous accueille dès la sortie de l’aéroport magnifiquement ordonné (nous nous lasserons de le dire, mais ça change du chaos de Kathmandu). Courte tunique type toge en tissu coloré ornée de surmanches blanches impeccables, et hautes chaussettes noires. Tout le monde la porte, même en montagne sous la pluie en plein trek. Nous en ferons l’expérience.

Et le roi, ou plutôt la famille royale au grand complet (sa très jolie femme, 2 garçons et une petite fille), nous accueille aussi. Et nous suivra dans nos moindres déplacements, dans les villages les plus reculés, en photos gigantesques placardées partout.

Formé à Oxford, le « cinquième roi » comme ses sujets l’appellent, est un souverain moderne; son père (toujours vivant) en a fait le chef d’une monarchie constitutionnelle (il y a un premier ministre) dont nous n’arriverons pas vraiment à dire à quel degré elle est simplement éclairée, ou dirigiste. Nous comprenons vite en tous cas, que le Cinquième Roi a toujours raison, c’est pratique, ça évite les longs palabres inutiles. C’est la moindre des choses pour un roi, et essentiel pour le bonheur de ses sujets qui ont le bon gout de ne pas s’en plaindre.
Nous descendons tranquillement une belle route (magnifiquement macadamisée, là aussi, ça change) serpentant le long d’une jolie vallée, où nous voyons notre premier Dzong.


Magnifiques forts très décorés, ils abritent toujours les services de l’administration locale ainsi que le pouvoir spirituel, et servaient également à défendre le district où ils sont situés. A la fois église, préfecture et caserne donc (pour les lecteurs Français, un peu d’efforts d’imagination s’il vous plait).
Tous remontent au XVII siècle quand le Bhutan s’est organisé administrativement et devait se défendre contre de régulières incursions de leurs voisins Tibétains. Car s’ils partagent une culture très proche (ça se voit au premier coup d’œil sur leurs temples, leur habillement, leur mode de vie), les Bhutanais ont toujours réussi à garder une certaine indépendance, tant de leur voisin du Nord (le Tibet, devenu la Chine) que de l’Inde -à laquelle ils ont cependant fait d’énormes concessions en acceptant une tutelle sur leur politique étrangère entres autres, et une inféodation économique évidente-. C’était le prix à payer pour éviter le sort du petit état voisin du Sikkim (l’autre état himalayen de la région, coincé entre le Bhutan et le Népal), formellement annexé par l’Inde en 1975.Contrairement à ce que l’on pense, le bonheur a donc un prix…



Magnifiques ornements d’or, de peintures rouges et blanches en style tibétain, de fresques de bodhisattvas et multiples divinités bouddhistes, comme au Népal, intégrant aussi largement la mythologie hindoue. Nous retrouverons cet heureux mélange (mais tout de même assez difficile à décoder – la vie de Bhuda est déjà assez riche en rebondissements, mais quand le panthéon hindou s’en mêle, on en perd vite son Sanskrit-), tout au long de notre périple. Nous tournons les moulins à prière (dans le sens des aiguilles d’une montre pour ne pas avoir le mauvais œil) et faisons le tour de la stupa, ce sera la première de beaucoup.
La capitale Thimpu est une petite ville étirée de long de la rivière et de sa rue principale, encastrée entre des collines boisées. Impossible d’y caser un aéroport donc, qui a du être délocalisé dans la seule vallée à peine plus large de la région. On voit cependant que même contrainte par la topologie du lieu, elle s’est récemment étendue de tout son long, les nombreux immeubles en construction, tous dans le même style reproduisant l’architecture traditionnelle, témoignant d’un exode rural en pleine explosion.
Exode international aussi, car, écorchons tout de suite le mythe du Bonheur National, sur une population totale d’environ 800.000 habitants, plus de 100.000 ont quitté leur pays ces dernières années pour l’Australie, les USA, le Canada etc…, trouvant visiblement l’herbe plus verte ailleurs. Ils y sont certainement encore plus heureux. Mais, pour les visiteurs comme nous, il n’en reste pas moins que cette petite capitale est une bourgade agréable.

Le lendemain, nous sommes conviés à assister à un grand festival tenu au Dzong royal de la ville, pour lequel nous devons nous mettre en grande tenue. Gho pour Monsieur, et Kira pour Madame, nous nous fondons maintenant avec une élégance bhoutanaise assez naturelle dans la foule des locaux qui s'y pressent.

Nous n’assistons pas à un spectacle pour touristes, mais à une authentique grande fête célébrant les divinités locales (elles se comptent par milliers) et donnant lieu à trois jours de danses et spectacles qui seront conclus le dernier jour par la famille royale elle-même.
Le spectacle est autant sur scène que dans la foule : les couleurs claquent, les psalmodies des moines mêlées au ronflement des trompètes scandent les cérémonies d’un rythme envoutant. Toute la population y vient en famille, vêtus de leurs plus beaux atours.
Le temps se gâte assez rapidement cependant et le lendemain, nous partons vers Punakha, petite ville située de l’autre côté d’un col à 3000m, vers l’Est du pays.
La route, toujours impeccable, grimpe en lacets à travers une forêt primaire magnifique alternant les cèdres immenses et les fougères arborescentes, le tout dégoulinant parfois de lychens qui donnent à l’ensemble une impression mystique.
Le col arrive enfin, la température a nettement chuté, nous sommes à plus de 3000m. Malheureusement, le panorama promis sur l’Himalaya nous échappe encore une fois, les nuages sont accrochés au col, il bruine : aurions-nous été téléportés sur la côte belge ? Mais non, une enfilade de petites stupas et des moines en toge nous ramènent bien au Bhutan. 108 stupas, c’est le nombre magique que l’on retrouve dans de très nombreux lieux saints dans toute la culture tibétaine, pour commémorer des soldats tombés lors d’escarmouches avec l’Inde voisine. L’alignement semble sortir de la brume au milieu de la forêt, soulignant la magie du lieu.
Nous reprenons la longue route redescendant l’autre versant, dans les mêmes paysages, pour atteindre la large vallée fertile de Punakha. Fertile à tous les sens du terme, car, en l’honneur encore une fois d’une divinité locale qui y a son petit temple, presque toutes les maisons y sont décorées de pénis célébrant la fertilité du lieu.
Le bonheur national sous tous ses formes vous dit-on !



Le lendemain, nous remontons cette vallée en direction d’un autre petit temple perché au sommet d’un piton que nous atteindrons au terme d’une jolie grimpette et de la traversée d’une rivière sur un pont suspendu.
Le bonheur national se double d’un fatalisme à toute épreuve. Nous croisons une étrange voiture qui traverse un pont et descend le mauvais chemin sur l’autre rive, avec seulement trois pneus. Puisque le Bonheur National est garanti, pourquoi s’encombrer…


Retour dans la même vallée, en passant par un autre Dzong magnifique, l’un des plus grands et anciens du pays. Malheureusement, bâtis essentiellement en bois, ils ont presque tous été reconstruits au moins une fois dans leur histoire, victimes d’incendies et de tremblements de terre.
Le lendemain, retour par le même chemin, sous une bruine persistante, vers Thimpu, puis Paro. Ce sera le point de départ de notre excursion du lendemain, vers le « Tiger Nest ».
Ce fameux Tiger Nest est un monastère perché au sommet d’une falaise, que l’on peut atteindre au terme d’une raide promenade de trois heures.
Le temps est encore maussade au début de la montée, fort fréquentée par des touristes de nombreuses nationalités, dont beaucoup d’Indiens, venus en voisins, car eux n’ont pas besoin de visa. Certains abandonnent en cours de route et finiront la première partie de la montée à dos de mule avant de s’arrêter au café à mi-pente, qui offre une vue imprenable sur le monastère.



Nous continuons bravement, aux côtés de notre guide et chauffeur, qui grimpent le sentier boueux en costume traditionnel et chaussures de villes. C’est nous qui nous sentons presque ridicules dans nos vêtements de randonnée. Mais, eux sont sujets Bhoutanais, donc heureux en toutes circonstances, même transits, fatigués et les pieds mouillés, c’est l’avantage de leur situation. Nous, pendant ce temps-là, continuons à suer dans la pente qui se fait franchement raide.
Mais le spectacle en vaut la peine, même à travers les nuages.
Ce monastère a été construit au XVIIème siècle accroché à la falaise, semblant suspendu à la montagne. Jusque dans les dernières centaines de mètres, on se demande comment un chemin y accède. Finalement, au terme d’un sentier accroché à la falaise et enjambant une cascade, on se retrouve bien à la porte du temple, toujours habité par quelques moines toute l’année. Le temple s’avère en faits être un complexe très élaboré, de plusieurs étages à moitié encastrés dans la roche, de plusieurs salles dont une grotte magique où le Guru Rimpoche, le saint homme qui a amené le bouddhisme au Bhutan s’est réincarné 8 fois.
Quand on aime, on ne compte pas, c’est ça aussi le bonheur simple comme au Bhutan.

Nous redescendons rapidement sous une pluie dense, car le temps a maintenant franchement changé.
Sur la route du retour, nous faisons une petite halte sur un site de tir à l’arc. C’est le sport national du Bhutan, laissé en héritage par les lointains descendants mongols des tribus de Gengish Khan quand elles écumaient toute l’Asie. La cible est très loin (plus de 100m), très petite (30 cm de diamètre) et la corde de l’arc impossible à bander: si un épreuve de tir à l’arc est comprise dans l’indice BNB, je vais faire plonger le pays en dépression collective à moi tout seul.
Dernier tour à Paro, et dernier Dzong qui domine la vallée la plus fertile du pays, magnifique sous un rayon de soleil furtivement réapparu.

Etrange contraste entre cette forteresse moyenâgeuse et pourtant toujours utilisée, et les avions se posant dans un dernier virage serré sur la piste de l’aéroport cachée entre deux collines juste en dessous. C’est peut-être ça le bonheur bhoutanais : une touche de modernité dans la tradition, ou le contraire?
Le bonheur règne, comme le roi qui l'a décrété. Une vache heureuse comme il se doit (la vache qui rit...) nous salue d'un clin d'oeil et les moines connectés retournent à leurs méditations alors que nous retournons vers le brouhaha de Kathmandu.
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