top of page
Rechercher

Sous l'oeil de Buddha

  • fredvassort2000
  • 11 janv. 2024
  • 4 min de lecture

Le singe mange sa glace négligemment assis sur une stupa. La vie de singe est assez dissolue à Swayanbunath.



Ils ont  par centaines pris possession du plus grand temple bouddhiste de la vallée depuis toujours semble-t-il, se gavent des offrandes faites par les pèlerins, et à l’occasion, chipent les glaces des enfants des touristes. Bouddha, qui les regarde de ses trois yeux perçants du sommet de la grande stupa blanche, ne semble rien y trouver à redire, ce singe est surement un ancien gourmand mortel réincarné.



Excursion au sommet de cette colline qui domine Kathmandu donc, célèbre depuis des siècles (les légendes se confondent avec l’histoire, mais les plus anciens vestiges dateraient du Vème siècle), et, comme la plupart des monuments d’ici, est un savant mille-feuilles d’architecture hindou et bouddhiste, le tout agrémenté de signes des croyances tantriques encore plus anciennes. La colline elle-même aurait émergé d’une fleur de Lotus dans un lac sacré inondant la vallée (lequel lac a visiblement existé d’après les recherches géologiques. La fleur de lotus, laissée à l’appréciation de chacun).



La foule des pèlerins et touristes reflète ce mélange. Beaucoup d’indiens (hindous) qui viennent faire leurs dévotions, des moines tibétains en toge rouge, quelques occidentaux, certains « post hippy » visiblement, des chinois, et beaucoup de Népalais de tous horizons. Les marchands du temple sont là aussi : le bol tibétain et le moulin à prières se négocient âprement avec des moines bouddhistes qui n’ont rien à envier aux marchands de tapis de Marrakech. Bouddha semble froncer un sourcil de temps en temps, il doit les rétrograder d’une marche dans leur quête du Nirvanah. C’est ce que symbolisent les 13 degrés de la flèche dorée surplombant le dôme blanc.



Ses yeux scrutent la plaine en contrebas, maintenant entièrement occupée par la ville qui n’en finit pas de grapiller les collines environnantes, sous la couche de brume sale de ce début d’hiver.




En redescendant les centaines de marches me ramenant vers la vallée à travers un bout de jungle qui reste accrochée là, je chemine un moment avec un vieux mais alerte (et pour cause !) Népalais qui engage la conversation en assez bon anglais. C’est un ancien Gurkha, ces soldats d’élite que le Népal exporte depuis 150 ans aux Britanniques et Indiens, et qui sont une fierté du pays (et aussi une source de revenus par l’argent qu’ils envoient à leur famille). Il a passé 30 ans dans l’armée indienne avant de revenir chez lui. Ces soldats ont en fait formé le début de cette tradition de travail à l’étranger qui s’est amplifiée depuis, jusqu’à maintenant représenter 500-700.000 hommes par an (un gain économique à court terme, une catastrophe pour la construction à long-terme du pays).

Après un regard discret vers le petit temple de crémation en pleine activité au bas de la colline, bizarrement presque adossé à une mosquée, retour dans le centre ville, que je parcours maintenant au volant de ma voiture avec ma sérénité bouddhique nouvellement acquise.  Et elle n’est pas de trop pour naviguer dans le flot de motos, vélos chargés de marchandises, taxis brinquebalants, piétons visiblement tous sourds et aveugles, sans mentionner les bus hurlants masqués par leur propre fumée d’échappements et les chiens somnolant au fond des ornières des routes souvent encore en terre.  La nature étant bien faite, comme la vitesse ne dépasse jamais 20km/h, les temps de réaction suffisent souvent (jusqu’à maintenant..) à éviter l’accident.


Sans compter sur le sifflet impérieux des nombreux policiers plantés à chaque carrefour en lieu et place des feux rouges. Car les rares qui existent (j’en ai compté moins d’une dizaine pour l’instant, dans une ville de 5m d’habitants), prennent le conducteur tellement au dépourvu qu’ils sont toujours doublés d’un policier qui indique en général de continuer sa route quelque soit la couleur, c’est plus simple comme ça finalement.


La seule règle du code de la route local c’est :

« le premier qui passe a raison, et Bouddha pour tous ».

Pour l’instant ça marche, croisons les doigts…


Une expérience contemplative qui vaut presque une retraite méditative, c’est une sortie au supermarché local (il n’en existe qu’une chaine : Bhat Bhateni , qui a une petite dizaine de magasins dans la ville). On y trouve de tout.  Des légumes frais aux matelas en passant par l’indispensable sac de riz et le dentifrice indien. De tout, mais agencé avec la même science qui préside à la circulation automobile dans la ville. Rester d’un zen total donc, enjamber avec nonchalance les cartons dispersés au milieu des allées, se réjouir d’avoir trouvé le tube de colle près des pots de miel qu’on ne cherchait justement pas, et remercier de la perpétuelle bonne humeur et gentillesse du (heureusement nombreux) personnel népalais qui n’hésite pas à vous trouver la boite d’olives qui vous

manquait, perchée, seule, au sommet d’un rayon de ketchup.




Pour continuer dans le mystique, prochaine étape, l’autre grande stupa de la ville : Budhanath. Elle est située presque à l’opposé de l’autre, à la sortie Est de la ville. On la voit sur de nombreuses cartes postales des années 70, isolée dans les champs de riz de la campagne, sur fond de montagnes enneigées. Aujourd’hui, elle est posée au milieu d’un dédale de ruelles qui ne marquent même pas la limite de l’agglomération, mais en font partie pleine et entière.

C’est en faits une ville dans la ville, habitée par la minorité tibétaine bouddhiste. Les toges rouges des moines fleurissent à tous les coins de rue, les femmes en costumes traditionnels colorés, les enfants espiègles aux pommettes très hautes, tous à un moment ou un autre de la journée, convergent vers cette immense stupa, elle aussi ornée de ces yeux perçants du Budha, et autour de laquelle tournent sans relâche des milliers de pèlerins en effleurant les moulins à prières. L’intérieur du périmètre est assigné aux plus religieux, qui passent des heures (j’y suis resté moi-même suffisamment longtemps pour pouvoir en témoigner),en génuflexions et allongements rituels sur de rudes planches en bois mises à leur disposition.



L’atmosphère est emplie de fumerolles des offrandes odorantes brulant un peu partout, et le murmure éloigné des psalmodies d’un groupe de moines tibétains.  Malgré la foule, l’ambiance est ici bien différente des autres quartiers de Kathmandou. Est-ce cette atmosphère un peu mystique de la stupa, la silhouette enneigée des cimes himalayennes que l’on distingue bien d’ici sur le ciel bleu et qui imposent leur présence, l’amusant spectacle des multiples artisans fabriquant des objets tibétains au fonds de petites échoppes, ou simplement cette population bigarée qui semble évoluer un peu à l’écart tu temps ? Ce quartier offre en tous cas encore un autre visage de cette ville déroutante qu’est Kathmandou



 
 
 

Commentaires


Népal: récit de voyage

image.png
bottom of page