Excursion à Nuwakot
- fredvassort2000
- 24 sept. 2023
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 30 sept. 2023
Voici déjà le week-end, que nous dédions, encore une fois, à l’exploration des alentours de Kathmandou. Sans rien enlever des mérites de cette ville, le Népal a certainement beaucoup d’autres facettes à offrir.
J’ai repéré dans un guide Nuwagkot, village semble-t-il ancien de la civilisation Newar, situé plein nord de Kathmandou dans une vallée parallèle. J’y ai réservé un petit hotel que personne de notre entourage ne connait, mais dont le descriptif est très élogieux. Espérons qu’il nous réservera de bonnes surprises, comme celui de la semaine dernière.
Une soixantaine de km sont à parcourir, par la route bien sur : nous avons là encore réservé une voiture, un solide 4x4 indien, avec chauffeur. L’itinéraire que celui-ci prévoit comporte une section de la route principale Est-Ouest du Népal, en direction de Phokara, avant de bifurquer dans une vallée vers le Nord.
Nos esprits naïfs et par trop cartésiens avaient toujours du mal à comprendre pourquoi Phokara n’est distant que 120km , mais pourtant de 10h en temps de parcours (en voiture, précisons bien pour les cyclistes férus de moyenne horaire) ?
Les premiers virages de cette route principale, dès Kathmandou passé, nous renseignent vite.

Là encore -j’avoue que les descriptions peuvent devenir lassantes- la topographie du paysage se conjugue avec l’état du génie civil local et celui du parc automobile, pour fournir au voyageur non averti une autre occasion de méditer sur le temps qui passe, le don précieux de la vie, et la futilité des choses terrestres. Les camions assurant la liaison avec l’Inde sont ici en file dans les virages serrés d’une route de montagne emportée à de (fréquents) endroits pas de éboulements que dégagent des pelleteuses et des escouades d’hommes armés de brouettes. Nous bénissons ici notre 4x4 et la dextérité de notre chauffeur, et compatissons pour ces pauvres gens qui

parcourent la même route entassés dans des bus brinquebalants ou à trois sur des motos poussives.

Etrangement, tout ceci se déroule cependant dans une bienveillance et une relative nonchalance. Les décors clinquants des camions que les chauffeurs conduisent avec souplesse égaillent la route, et le paysage, toujours sublime, fait oublier les chaos des ornières.

Enfin parvenus au bas de cette montagne qui ferme la vallée de Kathmandou, nous découvrons le futur : un colossal chantier d’une entreprise chinoise qui fore un tunnel routier sous cette montagne, et permettra -un jour- d’accéder directement à la ville sans avoir à emprunter tous ces lacès. Assez emblématique du Népal, dont le manque d’infrastructure n’a d’égal que la complexité de sa géographie, les deux se combinant pour créer des conditions logistiques peu communes. Le pays n’a donc d’autre choix que d’essayer de se désenclaver en bénéficiant de projets sur financements étrangers, ici la Chine, certainement un segment des « nouvelles routes de la soie ». Véro, là aussi sera directement exposée à cet enjeu clef pour le pays et pour l’Europe : que financer, pour le maximum d’impact, sans laisser la Chine se créer des vassaux économiques de fait, et pour autant en reconnaissant sa force de frappe financière et d’ingénierie de grands projets dans sa zone d’influence. Nos escapades touristiques lui permettent utilement de confronter les considérations des briefings politiques avec celles des réalités du terrain.
Nous bifurquons enfin de la route principale pour nous engager le long d’une vallée magnifique, très fertile, couverte de rizières. Des ponts suspendus la traversent et permettent aux villageois de transiter d’une rive à l’autre, alors que nous constatons nombres de ponts « en dur » ne menant nul part. Là aussi, les décisions politiques locales semblent avoir leur règles propres qui nous échappent.

Un dernier passage difficile (la route a ici complètement disparu), et nous montons vers Nuwakot.
Nuwakot est un petit village perché au sommet d’une crête, dominant un réseau de vallées. Ce fut un site important de la civilisation Newar, dont l’un des rois est parti pour conquérir Kathmandou en 1762, et finalement former les prémices du Népal moderne.
Le site est impressionnant, dans sa position dominante qui assurait un contrôle de toute la région. Il rappelle un peu les forteresses Cathares, tant il est perché et semble inaccessible. Mais c’est bien là que se dresse, dans ce qui n’est pourtant qu’un petit village un peu assoupi, l’ancien palais de ce roi et quelques temples. L’édifice de 7 étages est unique au Népal et témoigne de la puissance et de la richesse de cette civilisation.
Mais la majesté du lieu est, encore aujourd’hui, emprunte de la tristesse qui persiste toujours, Nuwakot ayant été terriblement touché par le tremblement de terre de 2015. 420 de ses 450 maisons furent endommagées, les palais et temples ont également beaucoup souffert. Contrairement à Patan, ici, rien ne semble n’avoir été réparé. Une aide de la Chine a couvert les édifices de toits et d’échafaudages temporaires…qui le sont toujours depuis 8 ans. Les temples sont pourtant magnifiques, avec toujours ce mélange de constructions en briques et de riches décors de bois sculpté, de fenêtres délicatement ouvragées s’alignant en rangs symétriques dans une parfaite harmonie.




Un vieil homme au faciès noble et aux traits burinés est assis devant un petit temple, il lit à l’ombre sous la chaleur écrasante, et répond à notre « Namaste » en engageant la conversation dans un Anglais un peu hésitant, mais appliqué.
Il nous explique qu’il est lui-même de l’ethnie Newar, comme la plupart des gens de la région, et nous comprenons à travers ses quelques phrases simples, toute la fierté qui se dégage encore de cet héritage. Ses enfants sont partis en ville, et ne pratiquent plus leur langue, ils ne la comprennent plus que rudimentairement.
Triste lente disparition d'une culture millénaire.
Ce lieu dégage toute la nostalgie de cette ancienne civilisation disparue, pourtant tellement puissante, visiblement tellement sure d’elle. Capable de telles prouesses architecturales dans des sites tellement prenants, et pourtant éteinte dans le silence, glissée discrètement comme par une porte dérobée dans les archives de l’histoire. La civilisation Newar pointe s’il le fallait la futilité des rêves de pérennité. Que les puissants et arrogants voisins du Népal d’aujourd’hui en prennent note, peut-être en faisant plus que simplement couvrir ces palais de toits provisoires : en en comprenant l’histoire inscrite dans ses murs, les erreurs probables et les faiblesses certaines.
Nous passons la soirée dans ce petit hotel que j’avais réservé à la sortie du village. Il se constitue de 3 petites maisons du style Newar également, complètement détruites par le tremblement de terre, qu’une famille népalaise a patiemment et magnifiquement rebâties, pour en faire un endroit superbe, simple mais plein de charme.


Le personnel local, comme d’habitude ici, est aux petits soins, curieux sans être intrusifs, pleins d’une bonne volonté attentionnée. Ils ont tout appris eux-même, font tout sur place, dans une bonne humeur apparente. Ils ont même pensé à nous confectionner un splendide gateau pour notre anniversaire de mariage que nous avions indiqué par inadvertance.
Les premières impressions des Népalais que nous avons rencontrés sur ces deux premières semaines se trouvent ici assez bien résumées. Discrets, créatifs, ouverts aux autres, d’une politesse sans faille envers l’étranger, la dureté et les tragédies successives de leur pays semblent glisser sur eux.

Le lendemain, nous parcourons les chemins environnants, pour nous diriger vers un minuscule temple dominant toute la vallée, sur un piton. La chaleur est tout de suite écrasante, l’humidité surtout nous fait ruisseler. Nous aimons tous deux marcher ainsi dans la campagne, si possible en dehors des sentiers battus. Véro botanise à loisir, curieuse des plantes locales et de ces arbres inconnus. En montant, nous croisons des femmes ployées sous de gigantesques ballots d’herbes coupées. D’autres gardent paisiblement leurs chèvres, une badine dans une main, le téléphone portable dans l’autre.Rien ni personne n’échappe donc à cette omni-connectivité ?
Les épis de mais,dont la culture altèrne avec les rizières, sèchent un peu partout devant les maisons.

Paisibles scènes rurales à des lieues de l’agitation frénétique de Kathmandou, dont nous aurons besoin certainement régulièrement pour nous reposer des rigueurs de cette ville.
Le chemin se mue en sentier et grimpe de plus en plus raide le long d’une crète couverte de hautes herbes coupantes. De chaque côté, la vue plonge sur 1000m de dénivelé vers des vallées dont le moindre arpent est couvert de rizières, le tout encadré par les versants boisés des montagnes, elles aussi étagées en terrasse presque jusqu’à leur cime. Le spectacle est d’autant plus saisissant que nous ne sommes pas encore habitués aux contrastes qu’offre ce pays.


Enfin, nous arrivons au sommet et pouvons jouir de la vue dégagée sur toutes les montagnes alentours. Le temps de cette saison de fin de mousson est toujours très humide, ce qui ne permet pas d’entrevoir les sommets enneigés de l’Himalaya toute proche. Pourtant, le paysage se suffit en lui-même, et est encore magnifié par l’effort de la montée.
Le retour vers Kathmandou se fait cette fois par une route plus directe, mais aussi, si c’est possible, plus raide et plus tournante.

Nous montons au sommet d’un col, encore au travers de rizieres et de la jungle d’un parc national jouxtant la ville. Des cascades dégoulinent de la montagne détrempée de cette fin de mousson.
Puis, tout d’un coup, presque instantanément, le col passé et les premières centaines de mètres descendus, nous nous retrouvons dans la banlieue de Kathmandou dont nous sommes maintenant coutumiers : les immeubles sans charme parcèment d’abord les rizières, le trafic se densifie, surtout sous l’orage qui se déclenche encore une fois en cataractes, puis la ville se fait omniprésente, dans toute sa laideur moderne. Là haut, pourtant, à quelques kilomètres à peine, regne la luxuriance de la jungle, la beauté époustouflante de la nature de ce pays que nous apprenons à connaitre, qui charme et déroute au même rythme que les virages de ses pistes.




A bientôt pour de nouveaux episodes,j y repars le 29 Novembre.n hesitez pas a commenter !
Fred, je ne t'imaginais pas aussi poétique. Belle plume. Merci pour ce dépaysement par procuration.