Deuxième semaine
- fredvassort2000
- 24 sept. 2023
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 30 sept. 2023
Les journées se mettent maintenant en place. Petit déjeuner dehors quand il ne pleut pas, avec lecture de la presse locale qui nous est livrée, le tout agrémenté de ces fruits frais toujours délicieux, et des oiseaux qui babillent dans les grands arbres au dessus de nous.
C’est forcément superficiel, mais il est toujours intéressant de parcourir la presse locale pour prendre les premiers signes vitaux d’une société. Tous les jours, les articles parlent du positionnement du Népal vis-à-vis de l’Inde d’une part, et de la Chine de l’autre. Point besoin d’un doctorat en sciences politiques pour comprendre que la position géographique du pays entre ces deux géants conditionne, aujourd’hui encore (ça a toujours été la cas), son positionnement politique. L’Inde a tendance à traiter ce petit état du Nord en vassal, qui se rebiffe, et valorise alors ses atours auprès de la Chine dans l’espoir de quelques bénéfices. Cette dynamique, que je simplifie grossièrement (j’entends d’ici les explications beaucoup plus subtiles de Véronique…mais tout le monde ne peux pas être diplomate), est à l’œuvre depuis une éternité et revient d’une façon ou d’une autre dans la presse quotidiènement.
L’autre fil rouge imanquable est l’émigration : le Népal est un très grand pourvoyeur de main d’œuvre auprès des pays du golfe, dans des conditions que les autorités népalaises ont l’air de taire pudiquement, car 25% du PIB est constitué de l’argent que ces jeunes hommes (pour la plupart) renvoient à la maison….taxé comme il se doit par le gouvernement. Par ailleurs, les jeunes qui ont un peu plus de moyens ou de capacités n’ont qu’un rêve : partir étudier à l’etranger (Inde, Australie, GB, USA pour les plus fortunés) . Véronique s’aperçoit que la totalité de ses employés népalais ont des enfants étudiants à l’étranger, au prix de dettes pharamineuses.
Combien reviendront ? Comment ce pays peut-il se développer si d’une part ses bras partent dans le golfe, ses cerveaux aux USA d’autre part ? 700.000 sont partis l’année dernière (sur une population totale de 30m). Là encore, les articles de journaux se font l’écho presque quotidien de cette situation : l’un d’entre eux explique par exemple que 40% des fermes (l’agriculture constitue bien sur l’immense majorité de la création de richesse dans ce pays) sont tenues par des femmes seules et leurs enfants…les hommes étant partis travailler sur des chantiers à l’etranger.
Enfin, l’impact environnemental du changement climatique. Bien que non cotier, le Népal est un des pays les plus exposés du monde, à cause des changements de cycles des pluies de mousson qui perturbent l’agriculture, et de la fonte des glaciers himalayens, qui risquent de provoquer des ruptures de lacs glaciaires catastrophiques, et des crues dévastatrices dans les vallées où se concentre la population. Au moins par ce qu’en relaient les journaux, la prise de conscience ici semble forte, à défaut peut-être d’y trouver des solutions ou à tout le moins des adaptations.
Voilà un exemple des thèmes que Véro part aborder tous les matins lors de ses réunions avec ses homologues, les nombreuses agences de l’UN locales, et bientôt (quand elle aura officiellement présenté ses lettres de créances au Président), les représentants du gouvernement népalais.
Quant à moi, pour ces premiers 10 jours, je télétravaille avec l’Europe, en restant à la maison. Je m’accorde de temps en temps une sortie pour prendre l’air…enfin, prendre un bon bol de gaz d’échappements surtout. La marche dans cette ville est vite éprouvante et n’offre guère d’agréments. Je continue cependant mes explorations, en prenant un point sur la carte et me perdant dans ses alentours.

Le quartier de Thamel, à 2 ou 3 km à l’ouest de la maison, est un quartier ancien, devenu le centre des routards faisant escale à Kathmandou avant de partir en trecking. Ruelles étroites, sombres et assez sales, et le seul endoit où je me sois fait aborder par des Népalais essayant de me vendre leurs (faux) services de guide. Magasins de faux matériel de trecking ou de babioles pour touristes les uns sur les autres. Il y a parait-il des vestiges historiques intéressants, mais leur découverte demande un effort d’archéologie moderno-urbaniste dont je me dispense lors de cette première approche.

Cette ville étant pleine de contrastes, aux abords immédiats de ce quartier se trouve pourtant un surprenant havre de paix : Garden of Heaven, construit par le fils d’un hiérarque du début du XXème siècle, féru d’architecture, de culture et de botanique. Grand bien à lui, même si son ego semble en avoir souffert puisqu’il ne voulait se faire appeler que « Kaiser » et s’habillait d’uniformes chamarés style austro-hongrois. La plus grande partie , la bilbliothèque, est en restauration (enfin,…beaucoup de gravats accumulés devant, des groupes éléctrogènes dégageant une fumée impénétrable dans un vacarme assourdissant : on reviendra dans quelques mois pour constater les progrès), mais le jardin est magnifique.

Comme il est toujours étrange de trouver ce genre d’endroit à l’autre bout du monde dans une culture qui ne pourrait-etre plus différente de la nôtre.
Encore un peu plus loin, là aussi coincé au milieux des avenues rugissantes : un autre exemple de bâtiment classique. L’hôtel Yak&Yeti (nous sommes donc bien au Népal, pas sur la côte d’azur, aucune erreur possible) .


Tout ceci jouxte les petits temples hindous qui parsèment les carrefours, où des femmes toutes de rouge vétues apportent des offrandes. C’est en effet bientôt Teej, la fête des femmes (le sens précis nous échappe encore un peu, mais je crois qu’il s’agit du moment de l’année où elles peuvent quitter leur belle-famille et retrouvent la leur), qui donne lieu à de multiples célébrations, tant familiales que religieuses. Toute cette semaine, nous verrons des cortèges de femmes en saris rouges sillonner la ville, magnifiques dans leurs atours et leur coiffures réhaussées de fleurs ou de bijoux, allant porter des offrandes au temple local.

Cette culture nous échappe bien sur encore complètement, et nous échappera probablement toujours beaucoup lorsque nous quitterons le pays. Il faut rester modestes dans nos tentatives d’explication et d’interprétation. Nous nous contentons pour l’instant de l’observation, glanant de ci de là les bribes explicatives à notre portée.
Mais nos sens se contentent amplement pour l’instant d’absorber, de très modestement commencer à laisser nos pores s’ouvrir à ces sensations nouvelles, à s’imbiber doucement des effluves que ce pays dégage.
Des sensations nouvelles, puisque c’est ce que nous sommes venus chercher, nous sont offertes également un soir où nous décidons de prendre un taxi pour aller dans un restaurant italien de l’autre côté de la ville. La nourriture végétarienne locale devant parfois être entrecoupée de mets plus familiers pour l’équilibre tant de nos estomacs que de notre moral, nous entamons en effet la découverte de quelques adresses recommandées par les expats locaux.
Sensations donc, d’attendre un taxi pourtant commandé sur le Uber local, …sensation d’attente, bientôt d’énervement quand au bout de 15 mn il n’a toujours pas trouvé notre adresse alors que nous voyons sa voiture sur notre téléphone à 100m de la maison.

L’adresse…concept salvateur, oh combien sous-estimé dans nos sociétés du bien-être pour tous à tous moments ou l’accessibilité à tout, pour tous est un droit inaliénable ! Quel est-il ce génie, ce brillant inventeur oublié de tous qui un jour décida de nommer les rues dans les villes, et de numéroter les maisons dans les rues? Népalais il n’était point, c’est malheureusement une certitude. Erigeons la plus grande des statues à ce sauveur de nos cités modernes, que la lumière de toute sa gloire éclaire le monde !….et surtout notre pauvre ruelle ou nous attendons toujours ce taxi, qui d’adresse,… ne trouve point…et pour cause. Elle dit simplement « quartier untel, près de la banque »…et s’écrit sur les documents officiels dans un cadre prévu à cet effet par un schéma fait à la main levée.
Même les « Apps » de nos meilleurs geeks semblent rendre les armes devant la complexité urbanistique de Kathmandou.
3ème tentative, et enfin, miracle combiné de la technologie, de la persévérance et surement d’un peu de chance : notre véhicule se présente. Il est à la mobilité citadine « douce » ce qu’un rugbyman est à la danse classique.
Créative combinaison du pot de yaourt et de la voiture à pédales, avance toi, fier carrosse !
Eclaire de ton œil borgne la moitié de chaussée que tu distingues à travers ton pare-brise sale, et ouvre généreusement devant nous ta portière dans un grincement ténébreux ! Alors, laisse nous nous couler langoureusement sur tes banquettes poisseuses, avant, dans un rugissement de batterie de cuisine, d’entamer ta course folle dans cette nuit tropicale.
Sensations nouvelles toujours : cette fois-ci, tous les sens sont mis à contribution. Le chauffeur fait étale de toute sa mastria à éviter les bus malencontreusement rencontrés à contre sens, agrippé au volant de son engin (et nous à la poignée de la portière en espérant qu’elle tienne…), le voici jetant son bolide dans un virage habillement négocié à toute allure dans un rugissement de klaxon. L’odeur de sueur froide se mêle à celle des gaz d’échappements, le goût des nausées à peine refoulées nous fait oublier les crampes de nos muscles tétanisés….tous les sens sont récompensés vous dit-on.
L’Asie aux mille saveurs vous souhaite la bienvenue !
Titubants en peu, avouons-le, en arrivant (suprenamment) à bon port, nous commandons une bouteille de vin pour nous remettre…




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